EN SONGEANT À UN ART POÉTIQUE
La poésie vient chez moi d’un rêve toujours latent. Ce rêve j’aime à le diriger, sauf les jours d’inspiration où j’ai l’impression qu’il se dirige tout seul. Je n’aime pas le rêve qui s’en va à la dérive (j’allais dire à la dérêve). Je cherche à en faire un rêve consistant’, une sorte de figure de proue qui après avoir traversé les espaces et le temps intérieurs affronte les espaces et le temps du dehors — et pour lui le dehors c’est la page blanche. Rêver, c’est oublier la matérialité de son corps, confondre en quelque sorte le monde extérieur et l’interieur. L’omniprésence du poète cosmique n’a peut-être pas d’autre origine. Je rêve toujours un peu ce que je vois, même au moment précis et au fur et à mesure que je le vois, et ce que j’éprouvais dans Boire à la source est toujours vrai: quand je vais dans la campagne le paysage me devient presque tout de suite intérieur par je ne sais quel glissement du dehors vers le dedans, j’avance comme dans mon propre monde mental.
On s’est parfois étonné de mon émerveillement devant le monde, il me vient autant de la permanence du rêve que de ma mauvaise mémoire. Tous deux me font aller de surprise en surprise et me forcent encore à m’étonner de tout. «Tiens, il y a des arbres, il y a la mer. Il y a des femmes. Il en est même de fort belles…» Mais si je rêve je n’en suis pas moins attiré en poésie par une grande précision, par une sorte d’exactitude hallucinée. N’est-ce pas justement ainsi que se manifeste le rêve du dormeur? Il est parfaitement défini meme dans ses ambiguïtés. C’est au réveil que les contours s’effacent et que le rêve devient flou, inconsistant. Si je me suis révélé assez tard, c’est que longtemps éludé mon moi profond. Je n’osais pas l’affronter directement et ce furent les «Poèmes de l’humour triste ». II fallut avoir les nerfs assez solides pour faire face aux vertiges, aux traquenards du cosmos intérieur dont j’ai toujours le sentiment très vif et comme cénesthésique? J’ai été long à venir à la poésie moderne, à être attire par Rimbaud et Apollinaire. Je ne parvenais pas à franchir les murs de flamme et de fumée qui séparent ces poètes des classiques, des romantiques. Et s’il m’est permis de faire un aveu, lequel n’est peut-être qu’un souhait, j’ai tenté par la suite d’être un de ceux qui dissipèrent cette fumée en tâchant de ne pas éteindre la flamme, un conciliateur, un réconciliateur des poésies ancienne et moderne.
Alors que la poésie s’était bien déshumanisée, je me suis proposé, dans la continuité et la lumière chères aux classiques, de taire sentir les tourments, les espoirs et les angoisses d’un poète et d’un homme d’aujourd’hui. le songe à certaine pretace a peu près inconnue. de Valéry à un jeune poète: « Ne soyez pas mécontent de vos vers, disait le poète de Charmes à André Caselli. Je leur ai trouvé d’exquises qualités dont l’une est essentielle pour mon goût, je veux parler d’une sincérité dans l’accent qui est pour le poète l’analogue de la justesse de voix chez les chanteurs. Gardez ce ton réel. Ne vous étonnez pas que ce soit moi qui le remarque dans vos poèmes et qui le loue. Mais voici l’immense difficulté. Elle est de combiner ce son juste de l’âme avec l’artifice de l’art. Il faut énormément d’art pour être véritablement soi-même et simple. Mais l’art tout seul ne saurait suffire » Ce ton réel, cette sincérité dans l’accent, cette simplicité, j’ai toujours tâché pour mon compte de les retenir: elles étaient en moi suffisamment submergées dans le rêve pour ne pas nuire à la poésie. On a fait de notre temps une telle consommation de folie en vers et en prose que cette folie n’a plus pour moi de vertu apéritive et je trouve bien plus de piment et même de moutarde dans une certaine sagesse gouvernant cette folie et lui donnant l’apparence de la raison que dans le délire livré à lui-même.
Il y a certes une part de délire dans toute création poétique mais ce délite doit être décanté, séparé des résidus inopérants ou nuisibles, avec toutes les précautions que comporte cette opération délicate. Pour moi ce n’est qu’a force de simplicité et de transparence que je parviens à aborder mes secrets essentiels et à décanter ma poésie profonde. Tendre à ce que le surnaturel devienne naturel et coule de source (ou en ait l’air). Faire en sorte que l’ineffable nous devienne familier tout en gardant ses racines fabuleuses. Le poète dispose de deux pédalos, la claire lui permet l’aller jusqu’a la transparence, l’obscure va jusqu’à l’opacité. Je crois n’avoir que rarement appuyé sur la pédale obscure. Si je voile c’est naturellement et ce n’est là, je le voudrais, que le voile de la poésie?. Le poète opère souvent à chaud dans les ténèbres mais l’opération à froid a aussi ses avantages. Elle nous permet des audaces plus grandes parce que plus lucides. Nous savons que nous n’aurons pas à en rougir un jour comme d’une ivresse passagère et de certains comportements que nous ne comprenons plus. J’ai d’autant plus besoin de cette lucidité que je suis naturellement obscur. Il n’est pas de poésie pour moi sans une certaine confusion au départ. Je tâche d’y mettre des lumières sans faire perdre sa vitalité à l’inconscient.
Je n’aime l’étrange que s’il est acclimaté, amené à la température humaine. Je m’essaie à faire une ligne droite avec une ou plusieurs lignes brisées. Certains poètes sont souvent victimes de leurs transes. Ils se laissent aller au seul plaisir de se délivrer et ne s’inquiètent nullement de la beauté du poème. Ou pour me servir d’une autre image ils remplissent leur verre à ras bord et oublient de vous servir, vous, lecteur. Je n’ai guère connu la peur de la banalité qui hante la plupart des écrivains mais bien plutôt celle de l’incompréhension et de la singularité. N’écrivant pas pour des specialistes du mystère j’ai toujours souffert quand une personne sensible ne comprenait pas un de mes poèmes. L’image est la lanterne magique qui éclaire les poètes dans l’obscurité. Elle est aussi la surface éclairée lorsqu’il s’approche de ce centre mystérieux où bat le cœur même de la poésie”. Mais il n’y a pas que les images. Il y a les passages des unes aux autres qui doivent être aussi de la Poésie. Quant à l’explication, on a dit qu’elle était anti-poétique et c’est vrai s’il s’agit d’une explication telle que l’entendent les logiciens. Mais il en est de submergées dans le rêve qui peuvent se manifester sans sortir du domaine de la poésie.
Ainsi le poète peut aspirer à la cohérence, à la plausibilité de tout le poème dont la surface sera limpide alors que le mystère se réfugiera dans les profondeurs. Je compte sur mon poème pour ordonner et faire chanter juste les images. Comme il baigne chez moi dans le rêve intérieur je ne crains pas de lui faire prendre parfois la forme d’un récit. La logique du conteur surveille la rêverie divaguante du poète. La cohésion de tout le poème loin d’en détruire la magie en consolide les assises. Et quand je dis que le conteur surveille en moi le poète je ne perds pas de vue, bien sûr, les différences entre les genres littéraires. Le conte va directement d’un point à un autre alors que le poème, tel que je le conçois généralement, avance en cercles concentriques. Je suis d’une famille de petits horlogers qui ont travaillé, leur vie durant, la loupe vissée à l’œil. Les moindres petits ressorts doivent être à leur place si l’on veut que tout le poème se mette en mouvement sous nos yeux.
Je n’attends pas l’inspiration pour écrire et je fais a sa rencontre plus de la moitié du chemin. Le poète ne peut compter sur les moments très rares où il écrit comme sous une dictée. Et il me semble qu’il doit imiter en cela L’homme de science lequel n’attend pas d’être inspiré pour se mettre au travail. La science est en cela une excellente école de modestie à moins que ce ne soit du contraire puisqu’elle fait confiance à la valeur constante de l’homme et non pas seulement à quelques moments privilégiés. Que de fois nous pensons n’avoir rien à dire alors qu’un poème attend en nous derrière un mince rideau de brume et il suffit de faire taire le bruit des contingences pour que ce poème se dévoile à nous.
Stendhal ne croyait qu’à l’opiniâtreté chez l’écrivain. Je pense qu’il songeait aussi à cette opiniâtreté involontaire qui est le fruit d’une longue obsession. Parfois ce qu’on nomme l’inspiration vient de ce que le poète bénéficie d’une opiniâtreté inconsciente et ancienne qui finit un jour par porter ses fruits. Elle nous permet de voir en nous comme par une lucarne ce qui est invisible en temps ordinaire. Je n’aime pas l’originalité trop singulière (à part quelques radieuses exceptions comme, en France, Lautréamont ou Michaux), je préfère une originalité moins consciente comme chez nos classiques.
Malgré les merveilleux exemples de certains poètes qui transforment les mots en objets précieux, j’écris souvent sans penser aux mots, je m’efforce même d’oublier leur existence pour cerner de plus en plus étroitement ma pensée ou plutôt cet état intermediaire entre la pensee et le rêve qui donne naissance au poème. Il ne s’agit pas en effet de penser à proprement parler en poésie mais d’en donner en quelque sorte l’équivalent ou la nostalgie’. Le sentiment de la création, du moins tel que j’ai pu l’éprouver, j’ai tenté de le montrer dans la page qui suit, en réponse à une enquête de Jean Paulhan à la N.R.F. (Mais c’est là un état d’ivresse lyrique que j’ai rarement ressentie dans sa plénitude et on a vu par les pages qui précèdent que je n’attends pas pour écrire cet état de transe.) « L’inspiration se manifeste en général chez moi par le sentiment que je suis partout a la tois, aussi bien dans l’espace que dans les diverses régions du cœur et de la pensée. L’état de poésie me vient alors d’une sorte de confusion magique ou les idées et les images se mettent à vivre, abandonnent leurs arêtes, soit pour faire des avances à d’autres images – dans ce domaine tout voisine, rien n’est vraiment éloigné — soit pour subir de profondes métamorphoses qui les rendent méconnaissables. Cependant pour l’esprit, mélangé de rêves, les contraires n’existent plus : l’affirmation et la négation deviennent une même chose et aussi le passé et l’avenir, le désespoir et l’espérance, la folie et la raison, la mort et la vie. Le chant intérieur s’élève, il choisit les mots qui lui conviennent. Je me donne? l’illusion de seconder l’obscur dans son effort vers la lumière pendant qu’affleurent à la surface du papier les images qui bougeaient, réclamant dans les profondeurs. Après quoi je sais un peu mieux où j’en suis de moi-même, j’ai créé de dangereuses puissances et je les ai exorcisées, j’en ai fait des alliées de ma raison la plus intérieure.»
Paulhan me disait que mon exposé tournait au poème en prose. C’est que la plupart du temps je n’avance dans ma pensée qu’à la faveur des images. Si l’image, même quand elle est juste, est plus imprécise que le concept, elle rayonne davantage et va plus loin dans l’inconscient. Elle l’incarne dans le poème alors que le concept, plus ou moins formulé, n’est là que pour l’intelligibilité et pour permettre au poème d’atteindre une autre image qui émerge peu à peu des profondeurs.
S’il est quelque humanité dans ma poésie c’est peut-être que je cultive mes terres pauvres avec un engrais éprouvé, la souffrance. Et c’est peut-être cette anxiété sourde, continuelle qui empêche souvent ma poésie d’être plus brillante. Souffrir dans son corps ou dans ses idées c’est penser à soi, se retourner contre soi. Penser à soi, malgré soi, c’est être misérable et dépourvu d’ornements. J’ai toujours plus ou moins redouté de m’attaquer aux monstres que je sens en moi. Je préfère les apprivoiser avec les mots de tous les jours, lesquels sont rassurants entre tous. (Ne sont-ils pas ceux-là mêmes qui nous ont tranquillises lors des grandes peurs enfantines ?) Je compte sur leut sagesse et leur amitié maintes fois éprouvées pour neutraliser le venin de l’insolite, souvent précurseur de panique. Et peut-être dois-je le meilleur de ma sagesse à ce que j’ai eu souvent à dompter un peu de folie.
Je n’aime pas en poésie (dans la mienne, du moins) les richesses très apparentes. Je les préfère sourdes et un peu confuses de leur éclat, quand elles en ont. S’il doit se produire, que le miracle s’avance à pas de loup et se retire de même après avoir fait son coup. J’aime à acculer jusqu’au sensations les plus étranges qui se pressent en nous. Je crois aussi beaucoup en la vertu au sein du poème de certaines phrases de prose (encore faut-il qu’elles soient bien accentuées et soulevées par le rythme). Par leur grand naturel dans un moment tragique elles lui apportent un Pathétique extraordinaire. Quand Victor Hugo entend venir «les noirs chevaux de la Mort» il ajoute ces deux vers qui sont de pure prose (mais divinement accentuée et rythmée) :
Je suis comme celui qui s’étant trop hâté
Attend sur le chemin que la voiture passe.
Je me sers de formes poétiques très différentes: vers reguliers (ou presque), vers blancs qui riment quand la rime vient à moi, vers libres, versets qui se rapprochent de la prose rythmée. Aimant par-dessus tout le naturel, je ne me dis jamais à l’avance que j’emploierai telle ou telle forme. Je laisse mon poème lui-même faire son choix. Ce n’est pas là mépris mais assouplissement de la technique. Ou, si l’on préfère, technique mouvante qui ne se fixe qu’chaque poème dont elle épouse le chant. Le qui peut-être permet une grande variété d’inspiration.
L’art poétique est pour chaque poète l’éloge plus ou moins indiscret de la poésie où il excelle. Et c’est ainsi que Verlaine nous recommande les vers impairs, Valéry les vers réguliers de forme classique et mallarméenne, Claudel le verset?. Qu’on me pardonne si j’ai exposé mes préférences avec beaucoup plus de naïveté que mes illustres prédécesseurs et une nonchalance qui va de pair avec la rêverie. J’aime à écrire sans trop le savoir et de préférence dans un jardin où c’est la nature qui a l’air de faire tout le travail. Certes le grand air, les espaces sans murs empêchent un peu la concentration mais si le jardin est clos ils favorisent la distraction dirigée, amie de la poésie, des ombrages et de la fraîcheur.
Chaque poète a ses secrets. J’ai essayé de vous dire quelques-uns des miens en vous dévoilant ce double de nous-mêmes qui dans l’ombre nous surveille, nous approuve ou nous fait déchirer la feuille que nous venons d’écrire. Mais je ne vous ai presque rien dit du plus important de nos secrets, ce mystère qui habite le poète et dont il ne parvient jamais à se séparer complètement pour pouvoir, du dehors, le juger*. Puisse-t-il avoir trouvé refuge dans mes poèmes.
Supervielle, J., Œuvres poétiques complètes, Paris 1996 (Gallimard)
559-565

NADENKEN OVER EEN POËTISCHE KUNST
Voor mij komt poëzie voort uit een droom die altijd latent aanwezig is. Ik stuur deze droom graag, behalve op dagen van inspiratie, wanneer ik het gevoel heb dat hij zichzelf stuurt. Ik houd niet van dromen die wegdrijven (ik wilde zeggen in een soort droomloosheid). Ik probeer er een substantiële droom van te maken, een soort boegbeeld dat, na innerlijke ruimtes en tijd te hebben doorkruist, de ruimtes en tijd van de buitenwereld confronteert – en voor hem is de buitenwereld het blanco blad. Dromen is de materialiteit van je lichaam vergeten, op de een of andere manier de externe en interne werelden met elkaar vermengen. Misschien heeft de alomtegenwoordigheid van de kosmische dichter geen andere oorsprong. Ik droom altijd een beetje van wat ik zie, zelfs op het precieze moment en zoals ik het zie, en wat ik voelde in Drinken bij de Bron is nog steeds waar: wanneer ik het platteland op ga, wordt het landschap bijna onmiddellijk innerlijk voor mij door een soort verschuiving van buiten naar binnen; ik beweeg me voort alsof ik me in mijn eigen mentale wereld bevind.
Mensen zijn soms verbaasd over mijn verwondering over de wereld; die komt evenzeer voort uit het aanhouden van mijn dromen als uit mijn gebrekkige geheugen. Beide leiden me van de ene verrassing naar de andere en dwingen me om me over alles te verwonderen. “Kijk, daar zijn bomen, daar is de zee. Daar zijn vrouwen. Sommige zijn zelfs heel mooi…” Maar zelfs als ik droom, word ik niettemin door een grote precisie, door een soort hallucinatoire nauwkeurigheid, tot poëzie aangetrokken. Is dat niet precies hoe de droom van de slaper zich manifesteert? Hij is perfect gedefinieerd, zelfs in zijn ambiguïteiten. Pas bij het ontwaken vervagen de contouren en wordt de droom wazig, ongrijpbaar. Als ik mezelf pas laat heb onthuld, komt dat doordat ik mijn diepste zelf lange tijd heb ontweken. Ik durfde het niet rechtstreeks onder ogen te zien, en zo ontstonden de “Gedichten van Droevige Humor”. Het vergde stalen zenuwen om de duizeligheid, de valkuilen van de innerlijke kosmos, te trotseren, waarvan ik nog steeds een zeer levendige, bijna kinesthetische, gewaarwording voel.
Het heeft lang geduurd voordat ik de moderne poëzie leerde kennen, voordat ik me aangetrokken voelde tot Rimbaud en Apollinaire. Ik kon de muren van vlammen en rook die deze dichters van de klassieken en de romantici scheiden, niet overbruggen. En als ik een bekentenis mag doen, wat misschien slechts een wens is, heb ik vervolgens geprobeerd een van hen te zijn die deze rook verdrijven zonder de vlam te doven, een bemiddelaar, een verzoener van oude en moderne poëzie.
Terwijl de poëzie behoorlijk ontmenselijkt was geraakt, stelde ik voor, in de continuïteit en het licht die de klassieken zo dierbaar waren, te proberen de kwellingen, hoop en angsten van een dichter en een mens van nu over te brengen. De droom van een bijna onbekend voorschrift. Valéry tegen een jonge dichter: “Wees niet ontevreden met je verzen,” zei de dichter uit Charmes tegen André Caselli. “Ik vond er voortreffelijke kwaliteiten in, waarvan er één essentieel is voor mijn smaak: een oprechtheid in het accent, die voor de dichter het equivalent is van vocale precisie bij zangers. Behoud deze authentieke toon.” Wees niet verbaasd dat ik het ben die het in uw gedichten opmerkt en prijst. Maar hierin schuilt de immense moeilijkheid: dit ware geluid van de ziel te combineren met de kunstgreep van de kunst. Het vergt veel kunst om werkelijk jezelf en eenvoudig te zijn. Maar kunst alleen is niet voldoende. Deze authentieke toon, deze oprechtheid in het accent, deze eenvoud – ik heb altijd geprobeerd ze voor mezelf te behouden: ze waren voldoende verzonken in dromen in mij om de poëzie niet te overschaduwen. Onze tijd heeft zoveel waanzin in vers en proza verteerd dat deze waanzin voor mij geen enkele aantrekkingskracht meer heeft, en ik vind veel meer pit, zelfs mosterd, in een zekere wijsheid die deze waanzin beheerst en de schijn van redelijkheid geeft, dan in een delirium dat aan zichzelf wordt overgelaten.
Er schuilt zeker een element van waanzin in alle poëtische creatie, maar deze fragmentatie moet worden verfijnd, gescheiden van de ineffectieve of schadelijke restanten, met alle voorzorgsmaatregelen die deze delicate operatie met zich meebrengt. Voor mij is het alleen door eenvoud en transparantie dat ik mijn essentiële geheimen kan benaderen en mijn diepgaande poëzie kan distilleren. Streven naar het bovennatuurlijke, het natuurlijke, dat moeiteloos vloeit (of in ieder geval zo lijkt). Het onuitsprekelijke vertrouwd maken, terwijl de fabelachtige wortels behouden blijven.
De dichter heeft twee pedalen tot zijn beschikking: het lichte pedaal stelt hem in staat transparantie te bereiken, het donkere pedaal gaat tot ondoorzichtigheid. Ik geloof dat ik het donkere pedaal maar zelden heb ingedrukt. Als ik sluier, is dat vanzelfsprekend, en dit, wil ik graag geloven, is simpelweg de sluier van de poëzie. De dichter werkt vaak in het heetst van de moment, in het donker, maar werken met een koel hoofd heeft ook zijn voordelen. Het geeft ons meer durf omdat het lucider is. We weten dat we ons er op een dag niet voor hoeven te schamen, zoals we ons wel zouden schamen voor een voorbijgaande roes en bepaald gedrag dat we niet meer begrijpen. Ik heb deze helderheid des te meer nodig omdat ik van nature raadselachtig ben. Voor mij bestaat er geen poëzie zonder een zekere aanvankelijke verwarring. Ik probeer er licht op te werpen zonder de vitaliteit van het onbewuste te verstikken.
Ik houd alleen van het vreemde als het geacclimatiseerd is, op menselijke temperatuur gebracht. Ik probeer een rechte lijn te trekken uit een of meer gebroken lijnen. Sommige dichters zijn vaak slachtoffers van hun trance. Ze geven zich over aan het loutere genot van de bevrijding en bekommeren zich totaal niet om de schoonheid van het gedicht. Of, om een andere beeldspraak te gebruiken, ze vullen hun glas tot de rand en vergeten jou, de lezer, in te schenken. Ik heb nauwelijks de angst voor banaliteit gekend die de meeste schrijvers achtervolgt, maar eerder de angst voor onbegrip en voor uniciteit. Omdat ik niet voor specialisten in mysterie schrijf, heb ik er altijd onder geleden als een gevoelig persoon een van mijn gedichten niet begreep.
Beeldspraak is de toverlantaarn die dichters in de duisternis verlicht. Het is ook het verlichte oppervlak wanneer men dat mysterieuze centrum nadert waar het hart van de poëzie klopt. Maar er zijn niet alleen beelden. Er zijn ook de overgangen van het ene naar het andere, die eveneens poëzie moeten zijn. Wat betreft uitleg, wordt wel gezegd dat het antipoëtisch is, en dat is waar als het een uitleg is zoals logici die begrijpen. Maar er zijn beelden die ondergedompeld zijn in de droom en die zich kunnen manifesteren zonder het rijk van de poëzie te verlaten. Zo kan de dichter streven naar samenhang, naar de plausibiliteit van het hele gedicht, waarvan het oppervlak helder zal zijn terwijl het mysterie zich in de diepte verschuilt. Ik vertrouw op mijn gedicht om de beelden te ordenen en ze op de juiste manier te laten zingen. Omdat het baadt in mijn innerlijke droom, ben ik niet bang om het soms de vorm van een verhaal te geven. De logica van de verteller overziet de dwalende mijmering van de dichter. De samenhang van het hele gedicht vernietigt de magie ervan geenszins, maar versterkt juist de fundamenten. En als ik zeg dat de verhalenverteller waakt over de dichter in mij, verlies ik natuurlijk de verschillen tussen literaire genres niet uit het oog. Het verhaal gaat rechtstreeks van het ene punt naar het andere, terwijl het gedicht, zoals ik het doorgaans opvat, zich in concentrische cirkels ontwikkelt. Ik kom uit een horlogemakersfamilie die hun hele leven met een vergrootglas aan hun oog geplakt hebben gewerkt. Elk klein veertje moet op zijn plaats zitten wil het hele gedicht voor onze ogen tot leven komen.
Ik wacht niet op inspiratie om te schrijven, en ik kom haar meer dan halverwege tegemoet. De dichter kan niet vertrouwen op de zeer zeldzame momenten waarop hij schrijft alsof hij gedicteerd wordt. En het lijkt me dat hij daarin de wetenschapper moet navolgen, die niet wacht op inspiratie om aan zijn werk te beginnen. De wetenschap is in dit opzicht een uitstekende school voor nederigheid, of misschien juist het tegenovergestelde, omdat ze vertrouwt op de constante waarde van de mensheid en niet slechts op een paar bevoorrechte momenten. Hoe vaak denken we dat we niets te zeggen hebben, terwijl er een gedicht op ons wacht achter een dunne sluier van mist, en we alleen maar het lawaai van toevalligheden hoeven te laten verstommen, wil dit gedicht zich aan ons openbaren. Stendhal geloofde alleen in doorzettingsvermogen bij een schrijver. Ik denk dat hij ook dacht aan dat onvrijwillige doorzettingsvermogen dat het resultaat is van een langdurige obsessie. Soms komt wat we inspiratie noemen voort uit het feit dat de dichter profiteert van een onbewuste en langdurige volharding die uiteindelijk vrucht draagt. Het stelt ons in staat om in onszelf te zien, als door een venster, wat in het dagelijks leven onzichtbaar is.
Ik houd niet van overdreven unieke originaliteit (afgezien van een paar schitterende uitzonderingen zoals, in Frankrijk, Lautréamont of Michaux); ik geef de voorkeur aan een minder bewuste originaliteit, zoals die van onze klassieken. Ondanks de prachtige voorbeelden van bepaalde dichters die woorden tot kostbare objecten verheffen, schrijf ik vaak zonder aan woorden te denken; ik streef er zelfs naar hun bestaan te vergeten om mijn gedachten steeds nauwkeuriger te definiëren, of liever gezegd, die tussenfase tussen denken en dromen die het gedicht voortbrengt. Het gaat in feite niet om het denken in de strikte zin van het woord in de poëzie, maar om op een of andere manier een equivalent daarvan of een nostalgie te geven. Het gevoel van creatie, althans zoals ik het heb kunnen ervaren, heb ik op de volgende pagina proberen weer te geven, in antwoord op een enquête van Jean Paulhan bij de N.R.F. (Maar dit is een staat van lyrische roes die ik zelden in volle omvang heb ervaren, en zoals we op de voorgaande pagina’s hebben gezien, wacht ik niet om over deze trance te schrijven.) “Inspiratie manifesteert zich bij mij doorgaans door het gevoel dat ik overal tegelijk ben, zowel in de ruimte als in de verschillende regionen van het hart en het denken. De staat van poëzie ontstaat voor mij dan uit een soort magische verwarring waarin ideeën en beelden beginnen te leven, hun grenzen loslatend, om ofwel toenadering te zoeken tot andere beelden – in dit rijk is alles dichtbij, niets is werkelijk ver weg – ofwel diepgaande metamorfoses te ondergaan die ze onherkenbaar maken. Voor de geest, vermengd met dromen, bestaan tegenstellingen echter niet meer: bevestiging en ontkenning worden één, evenals verleden en toekomst, wanhoop en hoop, waanzin en rede, dood en leven. Het innerlijke lied stijgt op en kiest de woorden die het passen. Ik geef mezelf de illusie dat ik de duisternis help in haar streven naar het licht, terwijl de beelden die bewogen, roepend vanuit de diepte, oppervlakte op het papier. Waarna ik iets beter weet waar ik innerlijk sta; ik heb gevaarlijke krachten gecreëerd en uitgedreven, waardoor ze bondgenoten zijn geworden van mijn diepste rede.” Paulhan vertelde me dat mijn presentatie in een prozagedicht veranderde. Dat komt omdat ik meestal alleen vooruitgang boek in mijn denken door middel van beelden. Als het beeld, zelfs als het accuraat is, onnauwkeuriger is dan het concept, straalt het krachtiger uit en dringt het dieper door in het onbewuste. Het belichaamt het onbewuste in het gedicht, terwijl het concept, min of meer geformuleerd, er alleen is voor de begrijpelijkheid en om het gedicht in staat te stellen een ander beeld te bereiken dat geleidelijk uit de diepte opduikt.
Als er enige menselijkheid in mijn poëzie zit, is dat misschien omdat ik mijn arme grond bewerk met een beproefde meststof: lijden. En het is misschien deze doffe, constante angst die mijn poëzie vaak belet briljanter te zijn. Lijden in lichaam of geest is aan jezelf denken, je tegen jezelf keren. Tegen je wil aan jezelf denken, is ellendig en onopgesmukt. Ik heb er altijd een beetje tegenop gezien om de monsters die ik in me voel onder ogen te zien. Ik tem ze liever met alledaagse woorden, die bovenal geruststellend zijn. (Zijn dat niet precies de woorden die ons kalmeerden tijdens onze grote angsten in onze kindertijd?) Ik vertrouw op hun wijsheid en hun beproefde vriendschap om het gif van het ongewone te neutraliseren, vaak een voorbode van paniek. En misschien heb ik mijn wijsheid wel te danken aan het feit dat ik vaak een vleugje waanzin heb moeten bedwingen.
Ik houd niet van overdreven, opzichtige rijkdom in poëzie (althans niet in mijn eigen werk). Ik geef de voorkeur aan ingetogenheid, enigszins verhuld door de schittering, als die er al is. Als er een wonder moet gebeuren, laat het dan stiekem oprukken en zich net zo stiekem terugtrekken nadat het zijn werk heeft gedaan. Ik houd ervan om zelfs de vreemdste gewaarwordingen die in ons opkomen te vangen. Ik geloof ook sterk in de kracht van bepaalde prozafrasen binnen een gedicht (mits ze goed geaccentueerd zijn en door het ritme worden versterkt). Door hun grote natuurlijkheid in een tragisch moment verlenen ze het gedicht een buitengewoon pathos. Wanneer Victor Hugo de “zwarte paarden van de Dood” hoort naderen, voegt hij deze twee regels toe, die puur proza zijn (maar goddelijk geaccentueerd en ritmisch):
Ik ben als iemand die, te gehaast,
op de weg wacht tot de koets voorbij is.
Ik gebruik zeer uiteenlopende dichtvormen: regelmatige (of bijna regelmatige) verzen, blanke verzen die rijmen wanneer het rijm in me opkomt, vrije verzen, verzen die ritmisch proza benaderen. Omdat ik bovenal van natuurlijkheid houd, bepaal ik nooit van tevoren welke vorm ik zal gebruiken. Ik laat het gedicht zelf de keuze maken. Dit is geen minachting, maar een flexibiliteit in techniek. Of, als u wilt, een vloeiende techniek die zich pas vastlegt met elk gedicht, waarvan het de melodie omarmt. Dit maakt wellicht een grote verscheidenheid aan inspiratie mogelijk. Voor elke dichter is de dichtkunst een min of meer indiscrete lofzang op de poëzie waarin hij of zij uitblinkt. En daarom beveelt Verlaine oneven regels aan, Valéry regelmatige verzen in klassieke en Mallarméaanse vorm, en Claudel het vers. Vergeef me als ik mijn voorkeuren met veel meer naïviteit heb geuit dan mijn illustere voorgangers, en met een nonchalance die hand in hand gaat met mijmering. Ik schrijf graag bijna onbewust, en het liefst in een tuin waar de natuur al het werk lijkt te doen. De frisse lucht en open ruimtes belemmeren de concentratie weliswaar enigszins, maar als de tuin omheind is, stimuleren ze een gerichte afleiding, een vriend van de poëzie: schaduw en koelte.
Elke dichter heeft zijn geheimen. Ik heb geprobeerd een deel van mijn geheimen met u te delen door die dubbelganger van onszelf te onthullen die ons vanuit de schaduw gadeslaat, ons goedkeurt of ons de bladzijde die we net hebben geschreven doet verscheuren. Maar ik heb u vrijwel niets verteld over het belangrijkste van onze geheimen, dat mysterie dat in de dichter huist en waarvan hij zich nooit volledig kan losmaken om het van buitenaf te kunnen beoordelen.* Moge het zijn toevlucht hebben gevonden in mijn gedichten.
559-565 (Google translate)
Supervielle, J., Œuvres poétiques complètes, Paris 1996 (Gallimard)

LIRE DES VERS EN PUBLIC
Ce n’est pas un simple jeu de la vanité pour le poète que de dire ses vers en public. À la projeter ainsi devant soi dans une épreuve redoutable, il n’est pas fâché de sentit si son œuvre est vraiment transmissible et achevée ou si
quelque défaut ne viendra pas se retourner en l’air même, contre lui.
Certes, l’imprime que l’on suit des yeux, la communion silencieuse et sans intermédiaire du texte muet et du lecteur favorisent une concentration sans égale et d’autant plus précieuse qu’elle s’entrouvre sur une exaltation sans témoins. Mais le vers n’est-ll pas fait surtout pour la vie vocale, n’attend-il pas que la voix de l’homme vienne le délivrer des caractères d’imprimerie, de leur poids, leur silence, leur geôle, de leur indifférence apparente ?
La voix humaine, si elle est compréhensive, donne au vers un véhicule quasi métaphysique. N’est-elle pas la fusion du corps et de l’esprit, un fluide qui s’évade dans l’air tout en se révélant!?
Les jolis gallicismes savoir par cœur, réciter par cœur, puisqu’il n’est pas de mémoire profonde qui ne passe par là sont bien de mise en poésie où Ronsard, Racine, Baudelaire, Hugo, Rimbaud, Valéry sont pour quelque chose dans le battement de nos cœurs.
Les vers des poètes classiques se mêlent chaque jour à la vie des hommes par la voix des écoliers.
Un enfant se lève en classe
Et voici du fond des temps
Que Racine prend sa place
Sur ses lèvres un moment,
Purs c’est Jean de La Fontaine
Qui d’un monde fabuleux
Soufle tout bas son poème
A l’élève studieux.
… A combien de neiges, de pluies
A combien de coups de tonnerre
Villon et Ronsard résistèrent
Protégés par leur poésie !
De combien d’émeutes, de guerres
Ne sont-ils pas sortis vivants
Comme lorsqu’ils avaient vingt ans
Et disaient eux-mêmes leurs vers.
Bergson voudrait que l’art de la diction ne fut pas considéré comme un art d’agrément. « Au lieu d’arriver à la fin des études, comme un ornement il devrait être au début et Partout, comme un soutien. Sur lui nous poserions tout le reste. si nous ne cédions ici encore à l’illusion que le principal est de discourir sur les choses et qu’on les connaît suffisamment quand on sait en parler. Mais on ne connaît, on ne comprend que ce qu’on peut en quelque mesure réinventer.»
Qui dit le poème en public doit donner l’impression de la création à l’état naissant. S’adresser à un auditoire est aussi un efficace remède contre la faveur imméritée d’un poésie opaque, intransmissible, et d’autant plus monotone qu’elle étouffe son propre sens à mesure qu’il tend à se manifester. Poésie chiffrée dont le poète ne connaît pas toujours le chiffre, poésie dont il brouille le chiffre dès qu’il pense le connaître.
Et pourtant tout ce qui est interdit au poète dans la vie, lui devient possible et même recommandable dans une poésie transparente… Il lui suffit des mots qu’il a dans la tête pour s’offrir des palais, des parfums, des femmes, des festins. La poésie est pour les poètes l’art de ne se priver de rien et, par cela même, de nous combler de tout. Ils en arrivent à se prendre pour le Créateur et le comble est qu’ils n’ont pas tout à fait tort puisqu’on retrouve dans leur univers toutes les bêtes du paradis terrestre voisinant avec quelques monstres qui leur sont particuliers.
Les non-poètes oublient le fardeau vital dans leurs diverses occupations, mais ses occupations à lui poète, Atlas de la souffrance humaine, c’est justement de se souvenir de son fardeau. Pour l’alléger il le chante et «l’enchante», comme dirait Albert Bégúin’. Et même si on écrit une poésie dépouillée, ce n’est jamais tout à fait à nu qu’on nous livre sa détresse: Lé vérs, même humble, est Sur le chemin de a richesse. La seule étoile du Desdichado est morte mais son luth n’en est pas moins constellé.
Supervielle, J., Œuvres poétiques complètes, Paris 1996 (Gallimard)
565-567

VERZEN VOORLEZEN IN HET OPENBAAR
Voor een dichter is het voordragen van zijn verzen in het openbaar geen loutere ijdelheidsdaad. Door ze zo aan zichzelf te presenteren in een ontmoedigende beproeving, is hij niet ontevreden over de vraag of zijn werk werkelijk overdraagbaar en compleet is, of dat
een of andere tekortkoming zich niet tegen hem zal keren.
Zeker, de gedrukte tekst die men met de ogen volgt, de stille en directe verbinding tussen de zwijgende tekst en de lezer, bevordert een ongeëvenaarde concentratie, des te waardevoller omdat deze leidt tot een verheffing zonder getuigen. Maar is vers niet bovenal gemaakt voor het gesproken woord? Wacht het niet op de menselijke stem om het te bevrijden van de gedrukte tekst, van zijn gewicht, zijn stilte, zijn beperking, zijn schijnbare onverschilligheid?
De menselijke stem, als ze begripvol is, geeft het vers een bijna metafysisch voertuig. Is het niet de versmelting van lichaam en geest, een vloeistof die ontsnapt in de lucht terwijl ze zichzelf onthult?
De charmante gallicismen “uit het hoofd kennen”, “uit het hoofd opzeggen”, omdat er geen diepe herinnering is die er niet doorheen gaat, zijn zeer toepasselijk in de poëzie, waar Ronsard, Racine, Baudelaire, Hugo, Rimbaud en Valéry allemaal een rol spelen in het kloppen van ons hart.
De verzen van klassieke dichters vermengen zich dagelijks met het leven van mensen door de stemmen van schoolkinderen.
Een kind staat op in de klas
En vanuit de diepten van de tijd
neemt Racine zijn plaats in
Even op zijn lippen,
Puur is Jean de La Fontaine
Die, vanuit een fabelachtige wereld,
Zachtjes zijn gedicht fluistert
Voor de leergierige leerling.
… Hoeveel sneeuw, hoeveel regen
Hoeveel donderslagen
hebben Villon en Ronsard doorstaan
Beschermd door hun poëzie! Uit hoeveel rellen, hoeveel oorlogen
kwamen ze niet levend tevoorschijn
Alsof ze twintig jaar oud waren
En hun eigen verzen voordroegen.
Bergson wenste dat de kunst van de taal niet als louter versiering werd beschouwd. “In plaats van aan het einde van de studie te verschijnen, als een ornament, zou het aan het begin en overal aanwezig moeten zijn, als een fundament. We zouden er alles op bouwen, ware het niet dat we, wederom, bezwijken voor de illusie dat het belangrijkste is om over dingen te praten en dat men ze voldoende kent wanneer men weet hoe erover te spreken. Maar men kent, men begrijpt alleen wat men tot op zekere hoogte kan herinterpreteren.”
Wie een gedicht in het openbaar voordraagt, moet de indruk wekken van een creatie in haar prille staat. Het toespreken van een publiek is ook een effectief middel tegen de onverdiende gunst van ondoorzichtige, oncommunicatieve poëzie, die des te eentoniger is omdat ze haar eigen betekenis verstikt zodra die begint te ontluiken. Poëzie gecodeerd door de dichter, wiens code de dichter niet altijd kent, poëzie waarvan hij de code verduistert zodra hij denkt die te kennen.
En toch wordt alles wat de dichter in het leven verboden is, mogelijk en zelfs wenselijk in de transparante poëzie… De woorden in zijn hoofd zijn alles wat hij nodig heeft om paleizen, parfums, vrouwen en feesten op te roepen. Voor dichters is poëzie de kunst om zichzelf van niets te beroven en ons daardoor juist met alles te vullen. Ze gaan zichzelf zelfs zien als de Schepper, en de ironie is dat ze niet helemaal ongelijk hebben, aangezien hun universum alle schepselen van de Hof van Eden bevat, naast een paar monsters die eigen zijn aan hen. Niet-dichters vergeten de last van het leven in hun verschillende bezigheden, maar zijn taak als dichter, een Atlas van menselijk lijden, is juist om die last te herinneren. Om die te verlichten, bezingt hij die en “betovert” hij haar, zoals Albert Béguin zou zeggen. En zelfs als men uitgeklede poëzie schrijft, legt men nooit helemaal zijn leed bloot: het vers, hoe nederig ook, is op weg naar rijkdom. De enige ster van Desdichado is gedoofd, maar de luit is er niet minder bezet door.
565-567 Met Google translate
Supervielle, J., Œuvres poétiques complètes, Paris 1996 (Gallimard)
